Pour le commun des mortels, Strava est avant tout le réseau social incontournable où l'on vient glaner quelques « Kudos » après sa sortie dominicale. Si la plateforme est parfois critiquée pour son côté vitrine, son ambiance reste nettement plus respirable que celle des réseaux sociaux traditionnels. C’est, au choix, un tableau de bord pour garder un œil sur sa santé ou un outil redoutable pour tracer des itinéraires cyclistes.
Mais dès qu'il s'agit d'entrer dans le dur de l'entraînement, les utilisateurs les plus exigeants s'évadent souvent vers des solutions tierces : TrainingPeaks ou Nolio pour le suivi humain, ou des algorithmes spécialisés comme Runna (récemment acquis par Strava), Campus ou RunMotion Coach. À l'heure où elle prépare son introduction en bourse, la firme de San Francisco veut briser ce plafond de verre. Avec Instant Workouts, Strava entend transformer son application en un véritable partenaire d’entraînement intelligent.
L’IA comme moteur de motivation
Sous le capot, c'est l’intelligence artificielle qui mène la danse. Ce nouvel outil analyse votre historique d’activité pour générer des recommandations personnalisées. L’idée est limpide : vous proposer la séance idéale au moment T, que vous soyez adepte de la course à pied ou de la musculation, pour casser la routine.
Accessible directement depuis le flux principal, Instant Workouts vous donne le choix du type d’entrainement que vous recherchez entre :
- Le maintien de la forme actuelle.
- La progression vers un objectif ciblé.
- L’exploration de nouvelles disciplines.
- La récupération active après un gros bloc.
Un coach qui connaît le terrain (enfin en théorie)
Plus qu’une simple liste d’exercices piochés au hasard, l’outil couvre plus de 40 disciplines. Pour les sorties en extérieur, Strava exploite son plus grand atout : sa Heatmap. L'application peut ainsi générer automatiquement un itinéraire adapté à votre séance du jour.
Avec cette offensive, Strava vient chasser sur les terres de Garmin. Le constructeur américain propose déjà des suggestions quotidiennes sur ses montres, mais il a tendance à les monnayer via l'abonnement Connect+ (8,99 €/mois). Un virage vers le service payant qui agace : l'an dernier, Garmin a même réservé son célèbre rapport annuel à ses seuls abonnés Premium. Dans le genre, Strava n’est pas mieux et s’est même servi de son rapport annuel comme argument commercial pour s’abonner.
Le chaînon manquant de l’Apple Watch ?
Pour les technophiles, la vraie valeur ajoutée d'Instant Workouts résidera dans son évolution à venir : la possibilité d’envoyer directement les séances vers les montres Garmin ou l’Apple Watch. C’est sans doute pour cette raison que Strava a enfin recommencé à prendre son application watchOS au sérieux ces derniers mois.
Pour les utilisateurs de la montre d'Apple, c'est potentiellement une petite révolution. Apple se refuse toujours à proposer un véritable système de coaching adaptatif dans Forme. Strava pourrait donc combler ce vide. La plate-forme a annoncé travailler également sur un système de guidage vocal pas à pas que l'on nous promet enfin "fluide".
Une promesse séduisante, mais encore brouillonne
Si la promesse est séduisante sur le papier, la mise en pratique ressemble pour l'heure à un chantier mal balisé. Le célèbre testeur Ray Maker a essuyé les plâtres, et son verdict est sans appel : l’IA de Strava lui a infligé des allures de course totalement délirantes, basées sur un temps de 16 minutes au 5 km. C’est à peine trois minutes de plus que le record de France de Jimmy Gressier, un niveau stratosphérique que l'algorithme a cru déceler dans une unique sortie erronée, enregistrée par une bague Oura trois mois plus tôt. Plutôt que de s’appuyer sur un historique de données cohérentes, Strava s’est accroché à cette anomalie isolée pour lui imposer un rythme suicidaire. Tout n'est pas à jeter pour autant : Ray reconnaît que les structures d'entraînement pour le vélo, notamment dans la catégorie « Build », sont plutôt bien senties et cohérentes pour qui cherche à progresser.
Mais le tableau vire au grotesque dès que l'on aborde la navigation, un comble pour une plateforme qui se veut le roi de l'itinéraire. Pour une séance de fractionné exigeant de la régularité, l’app a déniché des sentiers techniques et des ravins impraticables à haute vitesse. À l’inverse, pour une sortie longue de plus de deux heures, Strava s’est contenté de suggérer de bêtes boucles autour du pâté de maisons de l'utilisateur. Entre des allures de champion olympique et des parcours dignes d'une punition dans le quartier, l'« intelligence » de Strava a manifestement besoin d'un sérieux entraînement de fond avant de justifier le prix de son abonnement.
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