À l’occasion de la Coupe du Monde 2026 de football, le journal l’Équipe s’est intéressé du retour des écouteurs filaires aux oreilles des plus grandes stars du ballon rond. Si l’aspect pratique se conjugue avec un effet de mode évident, on constate un retour en grande pompe de nombreux appareils tech que l’on croyait tombés en désuétude.
Des EarPods en passant par les vinyles et l’iPod, le charme du « rétro » séduit massivement une génération en quête de simplicité. De quoi donner des sueurs froides aux directeurs marketing qui misent tout sur leurs dispendieuses révolutions sans fil et dématérialisées.
Le pragmatisme du vestiaire
L'image peut surprendre. Que ce soit Declan Rice et les joueurs d'Arsenal lors de la dernière finale de Ligue des Champions, ou Désiré Doué et Aurélien Tchouaméni avec les Bleus, le câble blanc fait un retour remarqué dans les couloirs des stades.
Faut-il y voir une soudaine phobie des ondes ou un secret d'athlète jalousement gardé ? Pas vraiment.
Les footballeurs n'ont pas découvert un avantage caché aux écouteurs filaires et, comme on s’en doute, ce n’est pas non plus une question de prix. Les raisons sont beaucoup plus simples : un modèle filaire ne tombe jamais en panne de batterie, ne subit aucune déconnexion capricieuse et, surtout, se perd beaucoup moins facilement au fond d'un sac de sport. À l'échelle d'un quotidien rythmé par les déplacements, les voyages et les entraînements, ces petits détails peuvent compter.
Une question d'image, pas de fiche technique
D’un point de vue purement technologique, le match n'a pas lieu d'être. Les AirPods Pro et autres casques haut de gamme écrasent les EarPods sur tous les tableaux : réduction de bruit active, intégration à l'écosystème, audio spatial... Il faut dire que depuis la disparition de certains modèles spéciaux chez Bose, il n'existe plus d'écouteurs filaires intégrant toutes les technologies modernes.
Les AirPods, c’est dépassé : vive les écouteurs filaires !
Mais le filaire apporte autre chose. Les écouteurs filaires ne reviennent pas parce qu'ils sont meilleurs : ils reviennent parce qu'ils racontent quelque chose.
Afficher un câble qui pend sur son survêtement, c'est revendiquer une forme de simplicité, presque d'authenticité. Un accessoire banal à 19 euros devient un symbole d'une esthétique des années 2000, presque une manière de prendre ses distances avec la course permanente aux nouveautés.
De l'iPod au compact photo : la nostalgie de l'objet dédié
Ce phénomène dépasse d'ailleurs largement les pelouses de football. Le vieux monde technologique effectue des retours réguliers et inattendus.
Les vinyles passent largement devant les CD aux États-Unis, les sonneries font de la résistance
Le vinyle en est l'exemple le plus frappant. Remplacé par le CD, puis largement dépassé par le streaming, il est revenu en force non pas pour sa praticité, mais pour l'expérience physique et culturelle qu'il propose.
La logique est exactement la même pour l'iPod, que de nombreux jeunes chinent aujourd'hui sur le marché de l'occasion. L'iPod ne fait rien de mieux qu'un iPhone, mais il incarne une époque, une certaine sobriété numérique, et surtout, il ne fait qu'une seule chose (lire de la musique), loin des notifications incessantes. La mode des « dumb phones », ces téléphones dont les fonctionnalités sont réduites à la portion congrue, s’inscrit dans la même tendance pour les personnes en quête de sobriété numérique et de déconnexion.
Même constat du côté de la photographie : les appareils compacts « point-and-shoot » du début des années 2000 s'arrachent à prix d'or. Les smartphones capturent des clichés infiniment plus nets, mais ces petits boîtiers offrent une personnalité et un grain que l'hyper-traitement logiciel moderne a fini par lisser.
Le délicieux paradoxe d'Apple
Dans cette histoire, la position d'Apple est particulièrement ironique. Cupertino a été l'architecte principal de la disparition du fil en supprimant la prise jack de l'iPhone 7 il y a tout juste dix ans, ouvrant la voie à la révolution AirPods.
iPhone 7 : en finir une fois pour toutes avec la prise jack
Le contraste est d'autant plus frappant sur le terrain du marketing. D'un côté, la Pomme sort l'artillerie lourde en s'offrant les services de têtes d'affiche mondiales : Lamine Yamal est mis à contribution pour assurer la promotion de ses futurs casques Beats, tandis que Vinícius Júnior est placardé pour vanter les mérites des AirPods Pro. De l'autre, pendant que la marque débourse des fortunes pour pousser ses modèles sans fil lors de ces vitrines mondiales, une partie des icônes des nouvelles générations réhabilite spontanément et gratuitement les écouteurs de 2012.
Vinicius Júnior danse au rythme des AirPods Pro 3 dans la nouvelle pub d’Apple
Le futur casque Beats s'affiche déjà sur les oreilles de Lamine Yamal
Une ironie qui n'a pas dû échapper à Apple, qui continue prudemment de vendre ses EarPods, désormais déclinés en USB-C. Évidemment, ce retour du fil ne signifie pas la fin des AirPods, pas plus que le succès du vinyle n'a remplacé Spotify ou Apple Music. Mais il rappelle une chose : dans la tech, les objets ne disparaissent pas toujours. Certains changent simplement de statut.














