Voici sans doute l’un des procès les plus intéressants de ces dernières années dans le secteur de la santé connectée. Whoop et Oura proposent des accessoires qui rencontrent un succès grandissant : le premier mise sur un bracelet minimaliste sans écran, tandis que le second a popularisé le concept de bague connectée.
Pourtant, la force de ces solutions ne réside pas tant dans le matériel. Sur ce plan, une Apple Watch fait tout aussi bien, sinon mieux. La véritable valeur ajoutée se trouve dans le traitement logiciel. Ces appareils sont livrés avec des applications extrêmement bien conçues, détaillées et pédagogiques. En somme, tout l’inverse de l’application Santé d’Apple, qui reste un coffre-fort de données parfois indigeste. Pour parfaire ce modèle, ces acteurs imposent un abonnement, garantissant ainsi une rentabilité sur le long terme.
Bevel : l’invité qui prenait trop de place
Dans ce domaine, l’application de Whoop a longtemps fait figure de référence absolue. Elle a inspiré de nombreux concurrents, à commencer par Bevel, l’application qui monte en flèche dans l’écosystème iOS.
Bevel s'est progressivement rapproché de Whoop, tant sur le plan des fonctionnalités que de l’interface. L’éditeur a bien compris que la valeur résidait dans l'analyse plus que dans le capteur. Non seulement Bevel est capable d’interpréter les données de l’Apple Watch, mais elle gère depuis peu celles des montres Garmin et même des bagues Oura. Pour enfoncer le clou et tenter de plier le marché avant une arrivée — toujours hypothétique — d’Apple sur ce segment, Bevel a décidé en fin d’année dernière de rendre la quasi-totalité de ses fonctions gratuites.
Santé : Bevel fait sa révolution et devient (presque) gratuit
Pour Whoop, Bevel est devenu un acteur beaucoup trop gênant. C’est dans ce contexte que le constructeur, qui n'hésite pas à s'offrir les services de sportifs de renommée mondiale pour sa promotion, a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux.
Une offensive juridique sur tous les fronts
Le 17 mars 2026, Whoop a déposé plainte contre Finerpoint (l'éditeur de Bevel) devant le tribunal de district du Delaware. Si la procédure vise officiellement une violation de marque en vertu du Lanham Act, le dossier est bien plus épais. Whoop invoque également plusieurs brevets et dépôts de droits d’auteur, suggérant que la firme ne s'attaque pas seulement au nom ou au logo, mais bien à la substance même de l'application concurrente.
Pour quiconque a déjà utilisé Bevel, la comparaison est inévitable. L’interface, l’accent mis sur les scores de récupération et de préparation, ou encore la manière dont la charge cardiaque et le sommeil sont mis en avant... Tout rappelle furieusement l’expérience Whoop.
Évidemment, s'inspirer d'un concept n'est pas illégal en soi — de nombreuses applications de fitness partagent les mêmes métriques — mais Whoop estime ici que Bevel a franchi la ligne rouge de la propriété intellectuelle.
Nettoyage de printemps avant l’entrée en bourse
Pour l'instant, l'application Bevel reste disponible et aucune fonctionnalité ne devrait disparaître du jour au lendemain. Mais l'issue de ce procès sera déterminante pour l'industrie : elle pourrait redéfinir les limites du design et des systèmes de notation pour toutes les applications d’analyse de santé tierces. À quel moment une interface devient-elle « trop » similaire à une autre ? C’est tout l’enjeu des débats à venir.
Ce n'est d'ailleurs pas le seul front judiciaire pour Whoop. L'entreprise a récemment obtenu gain de cause contre Lexqi, un tribunal américain ayant ordonné l'arrêt des ventes des trackers de cette marque, jugés trop proches du design original de Whoop. D'autres litiges, notamment avec Polar, sont également en cours.
Alors qu'une introduction en Bourse semble être la prochaine étape logique pour Whoop, la société semble bien décidée à verrouiller son écosystème, protégeant aussi bien le design de son matériel que l'identité visuelle de son logiciel.
Source :












