La Commission européenne lance une enquête approfondie sur l'acquisition de Fitbit par Google

Mickaël Bazoge |

Après plusieurs semaines durant lesquelles la Commission européenne a exprimé des réserves sur l'acquisition de Fitbit par Google, Bruxelles lance une enquête approfondie sur cette opération. À l'issue de la première phase de son enquête, les services à la concurrence de Margrethe Vestager disent leur inquiétude sur la fourniture de services de publicité en ligne et celle de services de technologies de publicité (outils analytiques pour faciliter la vente et l'achat de pubs en ligne).

L'achat de Fitbit donne à Google la base de données santé des utilisateurs du fabricant de bracelets et de montres connectées, ainsi que la technologie qui permet de développer une base de données similaire à celle de Fitbit. Ces informations constituent un « avantage important » sur les marchés de la publicité en ligne, et elles accroissent les capacités de Google pour la personnalisation des réclames. « Il serait plus difficile, pour les concurrents, de rivaliser avec les services de publicité en ligne de Google », relève la Commission.

« L'opération dresserait des barrières à l'entrée et à l'expansion des concurrents de Google sur les marchés relatifs à ces services, au détriment final des annonceurs et des éditeurs, qui se trouveraient confrontés à une hausse des prix et à une diminution du choix », selon Bruxelles. Au travers de cette enquête, la Commission veut déterminer les conséquences de la combinaison des bases de données et des capacités de Fitbit et de Google dans le secteur des soins de santé numériques, ainsi que sur l'interopérabilité entre les appareils concurrents de Fitbit avec Android.

« Notre enquête vise à garantir qu'à l'issue de l'opération, la maîtrise de Google sur les données collectées au moyen de dispositifs portables ne faussera pas la concurrence », indique la vice-présidente en charge de la politique de concurrence. L'engagement de Google de ne pas exploiter les données santé de Fitbit pour son service de pub en ligne a été jugé insuffisant par l'exécutif européen pour « lever complètement les doutes sérieux recensés à ce stade en ce qui concerne les effets de l'opération ».

La Commission dispose désormais de 90 jours ouvrables, soit jusqu'au 9 décembre, pour prendre une décision. Une enquête approfondie ne préjuge pas de l'issue de la procédure. Néanmoins, il est possible que Google soit dans l'obligation de lâcher davantage de lest pour montrer patte blanche… à moins que l'opération ne capote tout simplement. C'est en novembre dernier que le moteur de recherche a annoncé son intention d'avaler Fitbit pour 2 milliards de dollars.

avatar pagaupa | 

Et si on interdisait cette putain de publicité ciblée ?

avatar bibi81 | 

Ca va être compliqué, ça existe depuis que la publicité existe !

avatar Krysten2001 | 

« L'opération dresserait des barrières à l'entrée et à l'expansion des concurrents de Google sur les marchés relatifs à ces services, au détriment final des annonceurs et des éditeurs, qui se trouveraient confrontés à une hausse des prix et à une diminution du choix », selon Bruxelles »
Je n’aime pas Google mais c’est les règles du jeu 🎰 si ils sont meilleurs que les autres, ils le sont. Je suis d’accord qu’on doit gardé un œil mais si Google peut racheter ben voilà.

avatar Lightman | 

Q juridique : imaginons qu'un client Fitbit ayant peur de ce rachat fasse une demande de suppression totale de ses données personnelles, comme la loi française le permet. Fitbit est obligé de conserver ces données un certain temps pour requêtes légales. Soit.
Entre-temps, le rachat a lieu. Est-ce que l'obligation légale de suppression se transfère à la nouvelle entité ? Ou bien le nouvelle acquéreur peut-il affirmer que la demande est adressée à une personne morale différente et que du coup cela ne les concerne pas ?

avatar bibi81 | 

Fitbit est obligé de conserver ces données un certain temps pour requêtes légales.

Et pourquoi donc ? Les seules éventuelles données concernées seraient celles de connexion au service mais pas les données de santé.

avatar Lightman | 

@bibi81

Très juste. Ma question porte donc sur les données de connexion (nom et email par exemple). C'est une question générale, pas seulement le rachat de Fitbit.
Casse-tête pour juristes ?

avatar Ali Baba | 

@Lightman

La personne morale existe toujours. Elle a juste des propriétaires différents.

avatar raoolito | 

je n’ai pas souvenir d’avoir entendu une quelconque politique nationale de concurrence (ou supranationale comme l’europe) émettre un avis, un jour, sur une fusion en chine…
Et pourtant pour avoir maintenant de tels géants là-bas ils ont du en avoir non ?

avatar sully_ | 

Google et Fitbit étant tout deux des sociétés américaines, en quoi l’avis de la commission Européenne peut avoir du poids dans le rachat ? 🧐

avatar victoireviclaux | 

@sully_

Parce que ça touche le marché Européen également.
Ils vendent bien des services et des produits ici, et doivent respecter les règles du marché, y compris le RGPD pour opérer ici.

avatar sully_ | 

@victoireviclaux

Je vois, je vois. Autrement dit, leur avis sera une fois de plus simplement là pour dire « coucou on existe » Mais n’aura aucun impact sur le déroulement de cette affaire ...

avatar La Bulle | 

@sully_

"Je vois, je vois. Autrement dit, leur avis sera une fois de plus simplement là pour dire « coucou on existe » Mais n’aura aucun impact sur le déroulement de cette affaire ..."

Oui, comme avec Microsoft et Internet Explorer ou Google et la barre de recherche sur Android... L’UE, c’est 470 millions d’habitants, la deuxième puissance économique du monde — autant te dire que si la DG COMP conteste l’acquisition, elle n’aura pas lieu, puisqu’il sera impossible à Google de vendre le moindre produit FitBit dans l’Union, voire dans l’Espace économique européen (UE+Liechtenstein +Islande +Norvège). Effectivement, ce sera juste pour exister. Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre...

avatar sully_ | 

@La Bulle

Microsoft et IE c’est une vaste blague, combien de décennie il a fallu pour une réaction de l’EU ? suffit de regarder les dernières MaJ de W10 et l’imposition de Edge... La commission a bien réussi sur ce coup là 🤦‍♂️

Les GAFAM font ce qu’ils veulent, c’est ainsi 🤷‍♂️ Si Google veut fitbit, ils auront Fitbit (ou du moins les données ;) ) d’une manière ou d’une autre,même si ils font dans le politiquement correcte pour le moment.

avatar La Bulle | 

@sully_

"
Microsoft et IE c’est une vaste blague, combien de décennie il a fallu pour une réaction de l’EU ? suffit de regarder les dernières MaJ de W10 et l’imposition de Edge... La commission a bien réussi sur ce coup là 🤦‍♂️"

C

L’écran d’accueil disait « Windows XX with Internet Explorer » et c’était en 2004. Au total, cette petite affaire a coûté 561 millions d’euros d’amendes puis 899 autres en 2008 à Microsoft...

Aujourd’hui, tu n’es pas obligé d’utiliser Edge – personne n’utilise Edge ! Tu utilises Edge? Pas moi, ni chez moi, ni au boulot. Je me souviens même du temps pas si lointain où les deux seuls logiciels qu’on pouvait télécharger sans autorisation étaient Chrome et Firefox. Dans ma boîte à Paris, on ne peut naviguer que sur Firefox.

avatar victoireviclaux | 

@sully_

Vous n'en savez rien.

avatar sully_ | 

@victoireviclaux

C’est drôle, on m’avait dit pareil pour Apple et sa petite facture de 13 milliards ;)

avatar La Bulle | 

@sully_

"C’est drôle, on m’avait dit pareil pour Apple et sa petite facture de 13 milliards ;)"

Ce n’est pas fini : pour l’heure, Apple a gagné en première instance et la Commission peut choisir de faire appel. Si elle ne fait pas appel, le Parlement et le Conseil modifieront la législation, après que la Commission fera une proposition de loi à la demande des chefs d’Etat. Et Apple n’a toujours pas récupéré son argent, toujours sous consignation.

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