Parfois chahutée sur le terrain de l'intelligence artificielle, Apple a de quoi se consoler en regardant les chiffres de son produit le plus personnel. Selon une récente étude de Counterpoint Research, les ventes mondiales de montres connectées capables de faire tourner des modèles d'IA en local (Edge AI) ont bondi de 70 % au premier trimestre 2026, pour atteindre un taux de pénétration de 25 %. Et c'est là que la firme de Cupertino savoure : elle écrase littéralement ce segment avec une part de marché frôlant les 90 %. Autrement dit, neuf tocantes « intelligentes » sur dix écoulées en ce début d'année sont frappées d'une Pomme.
De la montre connectée à la montre vraiment intelligente
Une montre connectée, c'est bien. Une montre intelligente, c'est tout de même mieux. C'est indéniablement la tendance lourde des mois et années à venir. Mais qu'entend-on exactement par « Edge AI » ? Le cabinet Counterpoint définit ces montres comme des appareils portables équipés d'un moteur neuronal dédié (NPU) permettant d'exécuter l'inférence d'apprentissage automatique en local, que ce soit partiellement ou totalement. Pour entrer dans cette catégorie, il suffit qu'au moins une fonction clé, liée à la santé, à la sécurité ou à l'interaction, s'appuie principalement sur cet accélérateur matériel.
À mesure que les modèles d'intelligence artificielle gagnent en compacité et en efficacité, et que les puces sont taillées sur mesure pour les digérer, les constructeurs rapatrient de plus en plus de traitements directement sur l'appareil. Du côté de l'Apple Watch, cela se traduit par l'utilisation du Neural Engine embarqué pour analyser les gestes, traiter les requêtes Siri ou évaluer des signaux de santé et de sécurité sans avoir à faire d'incessants allers-retours avec les serveurs d'Apple.
Est-ce d'ailleurs pour coller au mieux à cette tendance qu'Apple a fini par laisser sur le bas-côté la toute première Apple Watch Ultra, qui ne pourra pas installer watchOS 27 ? Si cette première génération d'Ultra dispose bel et bien d'un NPU, celui-ci accuse sérieusement le coup face à la puissance de feu de ses successeurs.
Fin de parcours pour l’Apple Watch Ultra : Apple fait-elle vraiment moins bien que la concurrence ?
Mohit Agrawal, directeur de recherche chez Counterpoint, résume parfaitement cet enjeu qui est désormais autant logiciel que matériel :
« L'IA locale dans les montres connectées ne se résume plus à une simple intégration matérielle, elle englobe désormais l'optimisation logicielle. La véritable avancée réside dans des modèles plus petits et plus efficaces, ainsi que dans un accès au niveau du système d'exploitation qui permet à n'importe quelle application d'exécuter des inférences localement. »* L'analyste souligne que l'IA doit dépasser le stade de l'application isolée pour devenir « une couche personnelle fonctionnant sur des données personnelles. » C'est cette intégration intime qui autorise des alertes de santé instantanées, un contrôle gestuel fluide et des expériences sur mesure.
La santé comme principal moteur
Dans les faits, quels sont les véritables cas d'usage de l'intelligence artificielle sur nos poignets ? Alors qu'Apple ne montre qu'un empressement très modéré à déployer Workout Buddy, son coach sportif dans d'autres langues, l'IA se concentre pour l'heure massivement sur un seul secteur : la santé.
Plutôt que d'envoyer nos constantes vitales dans le nuage, les montres traitent désormais les algorithmes en local pour analyser la fréquence cardiaque, les cycles de sommeil et la température en temps réel. C'est ce qui permet de détecter sur l'appareil des anomalies telles que la fibrillation auriculaire, l'apnée du sommeil ou l'hypertension. Résultat, le déploiement de ces fonctions médicales a explosé sur l'ensemble du marché : au premier trimestre 2026, les expéditions de montres dotées d'un tensiomètre ont doublé, tandis que celles capables de détecter l'apnée du sommeil ont carrément triplé. La prochaine étape pour les constructeurs ? S'attaquer à des défis encore plus complexes, à l'image du diabète.
Pour soutenir cette ambition, les fondeurs font évoluer le silicium à un rythme effréné, transformant ces simples traqueurs d'activité en véritables assistants de santé intelligents. Apple avait donné le ton dès 2023 avec sa puce S9, dotée d'un Neural Engine à quatre cœurs taillé pour les tâches d'apprentissage automatique. À quelques mois du grand rafraîchissement automnal, on ne serait d'ailleurs pas étonné d'apprendre que ce fameux NPU constitue, une fois de plus, l'un des axes d'amélioration majeurs de la cuvée 2026 des Apple Watch.
















