On se rappelle il y a quelques années d’une nouvelle qui avait défrayé la chronique concernant Siri, dont des bouts de conversation étaient écoutés par des opérateurs humains chargés d’améliorer l’outil. Si Apple a semble-t-il compris la leçon depuis, ce n’est pas pour autant que l’industrie a cessé ses pratiques, bien au contraire. Et Meta vient de se faire prendre la main dans le sac, avec des données bien plus intimes que des fichiers audio : des vidéos provenant de Ray-Ban Meta, comme le rapporte EuroNews.
Écoutes de Siri : la Ligue des droits de l’homme porte plainte contre Apple

Ce sont les journaux suédois Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten qui ont révélé les premiers l’affaire : non seulement des vidéos privées ont été prises à l’aide de lunettes Meta, que ce soit des éléments de nudité, des personnes aux toilettes, des rapports sexuels, mais aussi des informations de cartes bancaires ou des conversations privées, mais ce n’est pas la fin du souci, loin de là. En effet, ces vidéos auraient ensuite été transmises automatiquement à un prestataire partenaire de Meta se trouvant au Kenya, puis analysées par des opérateurs humains.
Les charges sont suffisamment importantes pour que l’ICO (Information Commissionner’s Office, le régulateur britannique) ait ouvert une enquête. Celle-ci a permis l’ouverture de deux plaintes aux USA, l’une dans le New Jersey par Gina Bartone, l’autre en Californie par Mateo Canu. Les deux sont représentés par le cabinet Clarkson (non, rien à voir avec lui) Law Firm, spécialisé dans les actions d’intérêt public.
Les plaintes déposées accusent Meta d’avoir eu recours à une publicité mensongère, et d’avoir ignoré les lois sur la protection de la vie privée, en ayant particulièrement insisté dans ses publicités sur le respect de la vie privée de son produit connecté.
Les Ray-Ban Meta, sujet de friction dans les zones réglementées
De son côté, Meta se défend en affirmant que ces vidéos sont filtrées et anonymisées par un algorithme avant d’être transmises à ses partenaires :
Lorsque les utilisateurs partagent du contenu avec Meta AI, nous faisons parfois appel à des prestataires pour examiner ces données, dans le but d’améliorer l’expérience, comme le font de nombreuses autres entreprises. Nous prenons des mesures pour filtrer ces données afin de protéger la vie privée des personnes et d’éviter que des informations permettant de les identifier ne soient examinées.
Cependant, l’automatisme semble avoir quelques soucis de fiabilité : le floutage automatique semble inopérant pour 15 à 20 % des cas au minimum selon les retours collectés par les journalistes, et les témoignages d’employés du prestataire vont dans ce sens :
On voit tout, des salons jusqu’aux corps nus.
En dehors de ces cas de vidéos envoyées à des prestataires sans que l’anonymisation soit fonctionnelle, d’autres utilisations restent problématiques, et ont tendance à se multiplier : utilisation en milieu restreint ou interdit pour vol de données sensibles, mais aussi vol de scène intimes à domicile, à la plage ou dans les toilettes. Ces contenus volés, représentant bien souvent des femmes, sont ensuite diffusés au quatre coins du monde par des sites peu scrupuleux.
Si Meta peut difficilement contrer l’usage détourné qui est fait de ses produits, il reste cependant 100 % responsable des erreurs allant à l’encontre du RGPD, comme l’envoi de vidéos privées ou intimes à des prestataires. En plus de la procédure judiciaire lancée aux USA, des eurodéputés ont ainsi remonté ces cas à la Commission européenne, afin de statuer sur l’infraction et de mener une enquête complète sur le traitement, l’information du public et la collecte de son consentement avant d’envoyer ces données sur des serveurs étrangers.
Cette affaire rappelle que volontairement ou non, toute image ou prise de son effectuée avec un appareil connecté peut se retrouver diffusée sur internet. Sans même parler des usages illégaux et détournés, qui ne manquent jamais d’arriver, le simple fait d’utiliser ces systèmes peut amener à éparpiller la vie privée d’un proche sur les réseaux, du fait d’une faille dans le traitement ou la protection des données chez l’opérateur de ces outils.





















